Ah, les années 80 !
Ses néons qui cramaient la rétine, ses jeans troués, ses bornes d’arcade, sa laque dans les cheveux, mais aussi ses BOOGEYMEN !
Comme son nom ne l’indique pas, il ne s’agit en rien d’adeptes du son des Kool and The Gang, ni même — France oblige — de fidèles d’Eddy Mitchell, car, souvenez-vous : « Pas de boogie-woogie avant de faire vos prières le soir ! »

Le Boogeyman, c’est souvent — voir 90% du temps — un drôle de type avec un lourd trauma, qui en lieu et place d’une thérapie, choisit l’arme blanche et son prochain, comme catharsis. Pur produit ricain, il pique à son homologue italien du Giallo, sa passion pour les victimes de sexe féminin, et un certain fétichisme dans les apparats.

Société puritaine oblige, sa victime de prédilection est souvent un ou une jeune adulte ayant une appétence pour « la chose », une passion pour l’alcool et la fête, quand elle ne consomme pas la drogue du moment. La combinaison de tous ces facteurs est équivalente à la durée de vie d’un livreur Uber à vélo. Seuls remparts contre l’adversité, l’abstinence et la sobriété.

Ces quelques règles, elles sont à peu de choses près celles que prônera un des personnages dans le « méta » SCREAM de Wes Craven en 1996, film qui ressortait alors un genre tombé en désuétude. Le Slasher, c’est comme la comédie romantique, on en connait tous la musique, mais on ne peut s’empêcher d’y revenir, à l’image de l’inévitable repas de famille de fin d’année, où on retrouve cet oncle aux blagues douteuses, et on se surprend à y rire, une fois encore.

Ces derniers temps, nos Boogeymen rivalisent de ténacité, Ghostface arbore une septième fois son masque, un dieu inca s’enferme dans un sifflet quand ce n’est pas la mort elle-même qui sort de sa retraite avec une certaine idée du destin final qui nous attend tous et toutes.
Avec une actualité aussi chargée en échauffourées, je vous propose un petit guide touristique des principaux représentants de ce sous-genre qu’on adore détester tout en détestant l’adorer.

I. MICHAEL MYERS aka THE SHAPE, Le saint patron des Boogeyman
- Franchise : HALLOWEEN
- Nombre de films : Treize dont deux remakes et une usurpation du nom sans apparition officielle.
- Période d’activité : 1979 à aujourd’hui (toujours en poste).
- Capacités : Taille et force surhumaines, invincibilité, immortalité, téléportation.
- Spécialités : Maniement du couteau et autres armes blanches.
- Faiblesses : Mutisme, lenteur, humour.
- Ennemis : Dr Loomis, Laurie Strode.
C’est sous la plume de John Carpenter — futur réalisateur culte derrière Snake Plissken — que Michael Myers ou « Michel » en VF prend forme en 1979. Au départ une simple commande du producteur Moustapha Akkad intitulé « The Baby-sitters killer ». Un script simple qui entre les mains de Carpenter devient un film d’épouvante qui marqua des générations entières de spectateur.
HALLOWEEN fonctionne à la mise en scène. Peu de dialogue. Pas de fioritures. Une musique lancinante, une ombre menaçante, et une mise en lumière de toute beauté finissent d’entériner une mise en scène toute entière dédiée au suspens. Si Hitchcock en est le père, Carpenter en est indubitablement le fils.
Il crée le mal à l’état pur. Monolithique, inexorable, inarrêtable.
Une date.

II. JASON VOORHEES aka JASON, La terreur au fond des bois
- Franchise : VENDREDI 13
- Nombre de films : Douze dont un en 3D, un au titre usurpé, un dans l’espace, un contre son collègue Freddy et un remake.
- Période d’activité : 1980 – 2009
- Capacités : Taille et force surhumaines, invincibilité, immortalité, téléportation, expert de la traque et du pistage, vision nocturne.
- Spécialité : donner la mort, de multiples façons.
- Particularité : Mort-vivant depuis le numéro six.
- Faiblesse : Mutisme, lenteur, humour.
- Ennemi : l’eau, notamment celle du lac à proximité du camp Crystal Lake.
Jason, même s’il n’apparaît officiellement que dans le numéro deux — sa maman occupant le poste dans le premier volet — est né assez rapidement, peut-être un peu trop vite, sous l’impulsion financière du producteur et réalisateur Sean S. Cunningham. Ce qu’on perd en finesse du côté de chez Michael Myers, on le gagne en topless et en fun côté camp Crystal Lake.
Au travers de cette histoire d’enfant noyé en colonie de vacances revenu d’entre les morts pour se venger, VENDREDI 13 dresse un constat de l’Amérique : celui d’un public avide de sensations fortes, voyant en Jason le courroux d’une administration bien pensante.
Loin de moi l’idée de vous vendre la franchise comme un haut lieu du cinéma politique, mais si pour vous ce qui prime, c’est le gore et le fun, alors Crystal Lake, c’est la destination qu’il vous faut.
Pensez à demander Jason Voorhees à la réception.

III. FREDDY KRUEGER aka FREDDY, Le maître des cauchemars
- Franchise : LES GRIFFES DE LA NUIT
- Nombre de films : Neuf films dont un crossover avec son collègue Jason, un remake et une série télé.
- Période d’activité : 1984 – 2010
- Capacités : Force surhumaine, immortalité, invincibilité, des lames de rasoir en guise de main droite.
- Spécialité : Transformer vos rêves en cauchemar avec pour finalité votre propre mort.
- Particularité : N’intervient que dans le domaine des rêves dont il est devenu le propriétaire et en même temps le prisonnier.
- Faiblesse : Le monde réel (assez « guez » quand il intervient dedans), la mode (le pull rayé est plus que dépassé).
- Ennemis : La caféine, Redbull et le modafinil.
Tout droit sorti d’un cauchemar du réalisateur Wes Craven, déjà derrière LA COLLINE A DES YEUX et LA DERNIÈRE MAISON SUR LA GAUCHE, Freddy Krueger est l’archétype même du Boogeyman dopé aux stéroïdes. Pédophile meurtrier de la rue Elm, celui-ci se voit doté de la faculté de hanter les cauchemars des adolescents après avoir été brulé par leurs parents. Dans l’Amérique réactionnaire des années Reagan, portée par la saga du JUSTICIER incarné par Charles Bronson, Freddy incarne la mauvaise conscience d’une Amérique prête à tout pour se venger. Grâce à son postulat fantastique, la saga Freddy fera les belles heures du Hollywood prosthétique dans cette période faste des années 80.
Ne laissant rien au hasard, en bon croquemitaine bavard qu’il est, Freddy n’en oubliera pas pour autant sa cible première, les enfants, et se dotera de sa propre comptine bien à lui, jugez plutôt :
» Un, deux, Freddy te coupera en deux.
Trois, quatre, remonte chez toi quatre à quatre.
Cinq, six, n’oublie pas ton crucifix.
Sept, huit, surtout ne dors pas la nuit.
Neuf, dix, Freddy est caché sous ton lit !!! «
Les amateurs apprécieront.

IV. LEATHERFACE aka Tronche de cuir, Leroy Merlin rayon jardin
- Franchise : MASSACRE A LA TRONÇONNEUSE
- Nombre de films : Neuf films dont un faux remake, un film en 3D et deux vrais remakes
- Période d’activité : 1974 – 2022
- Capacités : Taille et force surhumaines, invincibilité, téléportation .
- Spécialité : Vous tuer en vous découpant soigneusement avec sa tronçonneuse.
- Particularité : Aime le ragoût et les masques en peau humaine.
- Faiblesse : Mutisme, humour, la mode.
- Ennemi : La hausse du prix du carburant liée au conflit au Moyen-Orient.
Né sous la plume et devant la caméra du jeune Tobe Hooper, Leatherface marque immédiatement la rétine du spectateur avec son tablier cramoisi, son masque fait de la peau de ses victimes et sa tronçonneuse qu’il fait virevolter au-dessus de sa tête.
En mixant différents faits divers (enlèvement mystérieux, cannibalisme) à un visuel tout droit inspiré du serial killer Ed Gein, Tobe Hooper livre THE film d’horreur qui traumatisera la censure de tous les pays, pour une première œuvre au final assez chiche en barbaque. Pas un problème, Tobe Hooper se chargera de réparer l’injustice dès le deuxième opus avec un déluge d’hémoglobine dont l’Amérique et le spectateur ne se sont toujours pas remis.
À l’image de son Boogeyman assez foutraque, la saga, quant à elle oscillera entre suites tirées par les cheveux et remakes incessants, fatiguant un peu plus l’amateur en mal de frissons, préférant troquer sa tronçonneuse pour un taille-haie, plus adéquat et moins encombrant.

V. PINHEAD aka Tête d’épingle, le seigneur des enfers… rien que ça !
- Franchise : HELLRAISER
- Nombre de films : Onze films dont un dans l’espace, cinq en Europe de l’Est, faute de budget et un remake.
- Période d’activité : 1987 – 2022
- Capacités : Force surhumaine, invincibilité, immortalité, téléportation.
- Spécialité : Maîtrise fort bien tout un arsenal BDSM et vous tue tout en vous procurant du plaisir, dixit le principal intéressé.
- Particularité : Aime tellement le piercing qu’il en est une vitrine sur pattes.
- Faiblesse : Bavard.
- Ennemis : Les petites boites de type Rubik’s Cube.
D’abord figurant de luxe dans les Livres de sang de Clive Barker, c’est devant la caméra de celui-ci qu’il fait son baptême du feu en 1987 dans le bien nommé HELLRAISER, LE PACTE par chez nous. Avec son accoutrement digne d’un cosplay des enfers, il en devient rapidement le patron, et ce, dès le 2ᵉ et ultra-gore opus signé Tony Randel. Membre éminents des légions des enfers contrôlés part le Léviathan en personne, Pinhead se verra proposer différents types de voyages par la suite. Une boite de nuit pour le 3ᵉ, l’espace pour le 4ᵉ et l’Europe de l’Est pour les suivants.
Une triste trajectoire pour une figure aussi éminente, mais ne soyez pas trop indulgent avec le monsieur et rappelez-vous que les plaisirs qu’il a à vous proposer sont quand même assez discutables !

VI. GHOSTFACE aka Mon nom est personne, farces et attrapes
- Franchise : SCREAM
- Nombre de films : Sept films dont au moins cinq de trop.
- Période d’activité : 1996 à aujourd’hui (encore en poste) .
- Capacités : Invincibilité, téléportation, interchangeable.
- Spécialité : Le couteau de boucher, simple, net et efficace.
- Particularité : Adepte des nouvelles technologies allant du modulateur de voix à l’IA générative.
- Faiblesse : Mortel, comme ses victimes.
- Ennemi : Sydney Prescott, littéralement un Boogeyman increvable à elle toute seule !
En perte de vitesse, c’est au petit malin Kevin Williamson que Wes Craven doit sa renaissance cinématographique au milieu des années 90. Le script recycle habilement le slasher traditionnel en lui amenant un côté méta tout en incorporant un final façon whodunit rendant l’exercice plutôt ludique pour un spectateur se prêtant au jeu du qui est qui derrière le masque.
Une formule qui tourne court, assez rapidement, dès le 3ᵉ opus, transformant cette formule ingénieuse en héritier horrifique de Scooby-Doo. Le même Scooby-Doo qui ira, pour son adaptation cinématographique, piocher dans cette saga pour constituer son casting. Comme quoi, la boucle est bouclée.

VII. LEPRECHAUN aka Le lutin vert, petit frère du Géant Vert
- Franchise : LEPRECHAUN
- Nombre de films : Huit films dont un dans l’espace (forcément !) et un dans le Hood avec Ice-T !!!
- Période d’activité : 1993 à 2018
- Capacités : Invincibilité, téléportation, immortalité .
- Spécialité : Tout ce qui lui passe sous la main, du moins à hauteur.
- Particularité : Irlandais donc un peu irritable.
- Faiblesse : Son chaudron d’or qui à l’image du précieux de Tolkien suscite toutes les convoitises.
- Ennemi : Le trèfle à quatre feuilles et c’est pas une blague !
Quitte à finir en beauté autant le faire avec style. Si vous trouviez le script du récent SIFFLET un peu trop fort de café, attendez de lire ce qui va suivre. À court de croquemitaines originaux, la firme Trimark s’arrache les cheveux pour essayer de remplir ses tiroirs caisses et participer elle aussi à la fête, et c’est du côté des légendes celtes qu’elle jette son dévolu.
Dans un premier temps ça donnera une série de films de sorcellerie avec la franchise des WARLOCK sans faire de réelles étincelles au box-office. La solution viendra d’Irlande et de la légende des leprechauns, lutins farceurs, lointains cousin des gremlins, ayant un peu plus de vocabulaire et siégeant au pied d’un arc en ciel afin de surveiller son chaudron rempli d’or. Une idée qui en vaut une autre.
Le studio fait appel à Warwick Davis, vu auparavant dans WILLOW, et le grime en version mini-pouce de Freddy Krueger. Avec un postulat aussi con, pas étonnant que notre ami se voit rapidement expédié dans l’espace sans oublier de faire un détour, bandana à l’appui, en pleine guerre des gangs dans le désormais incontournable LEPRECHAUN IN THE HOOD.

En espérant que la visite vous a plu.
Votre guide dévoué,
𝐄𝐝𝐝𝐲 𝐆𝐎𝐌𝐈𝐒
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𝗟’𝗮𝘂𝗱𝗶𝗼𝘃𝗶𝘀𝘂𝗲𝗹 𝗱𝗲𝘀 𝗴𝗿𝗮𝗻𝗱𝗲𝘀 𝗵𝗲𝘂𝗿𝗲𝘀
Expert Postproduction I Podcaster I Écrivain
« 𝚃𝚘𝚞𝚝 𝚌𝚎 𝚚𝚞𝚒 𝚎𝚜𝚝 𝚍𝚒𝚝 𝚎𝚝 𝚗𝚘𝚗 𝚖𝚘𝚗𝚝𝚛𝚎́ 𝚎𝚜𝚝 𝚙𝚎𝚛𝚍𝚞 𝚙𝚘𝚞𝚛 𝚕𝚎 𝚜𝚙𝚎𝚌𝚝𝚊𝚝𝚎𝚞𝚛 » – 𝙰𝚕𝚏𝚛𝚎𝚍 𝙷𝚒𝚝𝚌𝚑𝚌𝚘𝚌𝚔
