La jeunesse de Lucas, elle se passe à Modesto, en Californie, une sorte de no man’s land perdu entre Sacramento et San Francisco, et le jeune Lucas s’y ennui fermement. Pas le plus grand, pas le plus fort, ni le plus sociable, Lucas subit de plein fouet un harcèlement scolaire quotidien. En même temps, peut-on espérer mieux dans un endroit pareil ?
Lucas senior, quant à lui, prospère avec son commerce, constitué de tout venant, mais aussi d’un rayon jouet, qui avec le temps devient le secteur le plus rémunérateur. Modeste la famille Lucas, et fine observatrice par la méfiance de Lucas senior vis-à-vis des gens issus de la Californie, et donc de Hollywood. A contrario, c’est ce même Hollywood que fantasme Lucas junior, au travers de la seule vitrine disponible dans ce trou paumé, le poste de télévision familial. George y dévore de tout, mais surtout du sérial, notamment science-fictionnel au travers des adaptations — sans le sou et un peu cheap— des aventures de Flash Gordon ou Buck Rogers. Les mêmes, qu’il poursuit, la nuit tombée, dans les comics. De quoi faire écho aux fifties décrit par un certain Robert Zemeckis, produit par Amblin dans l’incontournable Retour vers le futur.
C’est décidé, George Lucas racontera des histoires et c’est par le biais du cinéma qu’il le fera. Étudiant peu assidu, il obtient son diplôme de fin d’études à l’arrachée, et contre l’avis générale file s’inscrire à l’USC, en Californie, section cinéma. Le divorce avec son père est prononcé, George ne reprendra pas le commerce familial et rejoindra ces gens, ceux dont on se méfie : les gens de Hollywood.


Jusque-là, la seule passion connue de George Lucas, est celle qu’il voue au « cruising » et aux courses de voitures clandestines, c’est donc cela qu’il mettra rapidement en scène, dans ses nombreux courts-métrages, avant que sa culture cinématographique ne se forge au visionnage compulsif des films de La Nouvelle Vague Française et aux recommandations de ses camardes de promo, Brian de Palma, John Milius ou Francis Ford Coppola. Ce dernier, en fin de parcours, a déjà un premier long à son actif, et sa grande gueule assortie d’une barbe imposant le respect, fait figure de chef de fil pour toute l’équipe. Un petit nouveau, issu d’un autre campus, viendra plus tard se joindre à l’équipe, il s’agit de Steven Spielberg.
Lucas, d’un naturel toujours discret, s’émancipe.
Sur les conseils de Coppola, il se laisse pousser la barbe, et le choc traumatique du 2001 de Kubrick le pousse dans une direction inattendue, celle du film de science-fiction expérimental. Il trouve en Coppola un grand frère, un mentor prêt à l’appuyer.

À la traine au regard de ses camardes — Coppola ayant percé avec Le Parrain, De Palma enchainant les films et même le suiveur Spielberg se voit confier les rênes d’une première œuvre — Lucas enchaine les scripts et mène de front plusieurs projets. Coppola produit son premier effort, le très expérimental THX 1138 et l’aventure se solde par un échec. Incompréhension des studios, froideur du message, Lucas injecte beaucoup de lui-même dans un script prometteur : American Graffiti.
Chroniques romancées du « cruising » de la décade passée, le film vaut également pour le pari de sa bande son censée rythmer l’œuvre elle-même. Et dans sa manche, un autre script, bien plus obscur, bien plus fantaisiste, une sorte de Flash Gordon naïf, destiné à devenir Star Wars. C’est la Fox et Alan Ladd qui se porteront acquéreurs de ce drôle de package.
American Graffiti sort sur les écrans et il fait un tabac.
Le succès est tel, qu’il fait déjà de Lucas, même pas la trentaine, un jeune millionnaire. Mais ce qui l’intéresse, c’est ce script — par moment imbitable— autour d’une force qui relie chaque être vivant et qui est le lieu d’un affrontement ancestral.


La Guerre des étoiles se tourne dans la douleur et l’incompréhension même de ses propres acteurs, donnant un lieu à un énième rapport de force avec les studios.
Lucas est dépassé, par les enjeux, mais aussi et surtout par la technique, qui reste à créer pour matérialiser sa vision. À l’image du Apocalypse Now de Coppola, Star Wars est le fruit de variables, d’imprévus, mais aussi d’une ténacité qui force le respect.
La suite, on la connaît, aux côtés des Dents de la Mer de son ami de toujours Steven Spielberg, nos deux hommes signent la fin du nouvel Hollywood et annoncent l’avènement du blockbuster moderne.
La réussite dépasse l’entendement et cinquante ans après le mythe Star Wars est plus vivant que jamais.

Ce qui a fait la fortune de Lucas, lui permettant cette insolente indépendance vis-à-vis des studios, ce ne sont pas les recettes générées, mais bien une petite clause en bas du contrat, celle réservée à l’exploitation de la marque, notamment ses produits dérivés.
C’était une première à l’époque, comme le fut le rayon jouet de son père, et ce qu’il faut comprendre au sujet de George Lucas, c’est que plus il a voulu s’éloigner de son père et plus il s’en est rapproché.
Preuve en est, hormis quelques productions à la marge et les aventures d’un archéologue bien connu, Star Wars reste l’œuvre de sa vie et plus il a voulu faire autre chose et plus il y est revenu.
Et tel son père avant lui, il se mit en quête d’un repreneur, et ce vaste magasin qui était le sien, fut repris en 2012, par un autre vendeur de jouet, Disney en personne.


Quatorze ans après, et quelle que soit l’orientation et les choix opérés, force est de constater que le magasin de Lucas ne désemplit pas, et rien que pour ça, Lucas peut être fier d’avoir accompli ce que seul Walt Disney a réussi à accomplir en une vie.
Et que devient Lucas aujourd’hui ?
Il bâtit un musée dédié aux arts narratifs, en Californie, les mêmes arts qu’il a contribué à développer. Et qui dit musée, dit forcément boutique souvenir et donc jouets.
Comme quoi, plus les choses changent et plus, elles restent les mêmes.
𝐄𝐝𝐝𝐲 𝐆𝐎𝐌𝐈𝐒
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𝗟’𝗮𝘂𝗱𝗶𝗼𝘃𝗶𝘀𝘂𝗲𝗹 𝗱𝗲𝘀 𝗴𝗿𝗮𝗻𝗱𝗲𝘀 𝗵𝗲𝘂𝗿𝗲𝘀
Expert Postproduction I Podcaster I Écrivain
« 𝚃𝚘𝚞𝚝 𝚌𝚎 𝚚𝚞𝚒 𝚎𝚜𝚝 𝚍𝚒𝚝 𝚎𝚝 𝚗𝚘𝚗 𝚖𝚘𝚗𝚝𝚛𝚎́ 𝚎𝚜𝚝 𝚙𝚎𝚛𝚍𝚞 𝚙𝚘𝚞𝚛 𝚕𝚎 𝚜𝚙𝚎𝚌𝚝𝚊𝚝𝚎𝚞𝚛 » – 𝙰𝚕𝚏𝚛𝚎𝚍 𝙷𝚒𝚝𝚌𝚑𝚌𝚘𝚌𝚔
