Pour un enfant des années 80 comme votre humble serviteur, les étagères du vidéoclub ont été une source inépuisable de découvertes. Le grand écran a rapidement pris le relais, mais ce serait aller vite en besogne que mettre de côté le rôle de la petite lucarne.
Ce rôle, il allait bien au-delà de la simple rediffusion de séries B ou autre rareté, car la télévision fut très rapidement prêteuse de promesses et de programmes spécifiques. C’est là qu’intervient la série.
Au travers de cet article, c’est un voyage dans le passé que je vous propose et surtout dans un échantillon de séries qui ont su, quelle que soit leur qualité, marquer ma rétine à jamais.
- Les envahisseurs (The Invaders)
- 1967-1968 I 2 saisons I Larry Cohen
Né en 1980, je suis ce qu’avait qualifié le présentateur Arthur dans son talk-show dédié, un enfant de la télé.
Les Envahisseurs est à la fois mon tout premier souvenir télévisuel, en même qu’il constitue aussi ma toute première incursion dans la science-fiction. Et c’est au détour d’un réveil de sieste enfantine, confortablement installé dans le canapé, que TF1 invitait ses spectateurs à voter pour la série de l’après-midi. Le programme s’intitulait La Une est à vous, et le public avait voté, ce jour-là, pour ces fameux envahisseurs.
Dès le générique, c’est la claque : musique angoissante, voix off solennelle, et mise en situation in medias res aux côtés de David Vincent.
Une chose est sûre : il les a vus et nous aussi.
The Invaders, c’est 43 épisodes du meilleur de la science-fiction maccarthyste produite par une Amérique en pleine guerre froide, les envahisseurs d’une autre planète en lieu et place du péril rouge.
À la manœuvre, un certain Larry Cohen.
Ce nom, il hantera le genre pour des décennies durant, non pas pour cette œuvre matricielle télévisuelle, mais plus pour les chocs cinématographiques à venir, et ils seront nombreux : Black Caesar, Le Monstre est vivant, Meurtre sous contrôle, The Stuff, la trilogie Maniac Cop, The Stuff ou même Phone Game.
Aujourd’hui, revenir aux Envahisseurs, c’est aussi comprendre un autre point de départ, celui des affaires non classées, les fameuses X-Files.
Il n’y a donc pas de hasard à retrouver le David Vincent en titre, Roy Thinnes, dans un rôle récurrent chez Chris Carter.
On appelle cela boucler la boucle.
2. V (V : The final Battle)
- 1983 I 2x100min I Kenneth Johnson
Autre série et autre choc, cette fois-ci sur le canal hertzien de la regretté « La Cinq ». Issue de fonds privés en provenance majoritaire de l’italien Berlusconi, La Cinq faisait partie d’une ouverture nationale française aux chaines privées aux côtés de TV6 qui deviendra plus tard M6.
La Cinq, tout le monde ne la captait pas et c’était souvent la promesse d’un Indiana Jones en prime time suivi d’une bonne grosse série B horrifique en deuxième partie de soirée.
À cette époque, les magnétoscopes tournaient à plein régime, et en tant que cinéphile prépubères c’était la chasse à l’inédit, à la copie, et V faisait parti de cette catégorie.
Une minisérie en deux parties, format très répandu à l’époque — en témoignent les adaptations télévisuelles de Ça, Le Fléau ou même Les Tommyknockers de Stephen King — permettant de tester à la manière d’un pilote, l’engouement d’un public autour d’une création originale.
Crée par Kenneth Johnson — L’homme qui valait trois milliards, Super Jaimie, L’incroyable Hulk — V nous décrit une invasion planétaire par des envahisseurs reptiliens bien décidés à consommer une à une chacune de nos ressources, l’humain devenant la chair fraiche d’un menu très loin d’être végétarien.
Très premier degré, Kenneth Johnson pose son récit aux prémisses de l’invasion et livre une parabole télévisuelle sur la Seconde Guerre mondiale.
C’est bien simple, si la menace donne la part belle au meilleur des effets prosthétiques en vigueur à l’époque, Johnson en profite également pour nous brosser le portrait de personnages hétérogènes qui une fois réunit, formeront les bases de cette nouvelle faction de La Résistance.
La série est d’une viscéralité à faire pâlir un Walking Dead contemporain et amène son lot de sacrifices crève-cœur. V c’est la science-fiction guerrière comme James Cameron l’aurait rêvé, et aussi une découverte d’acteurs allant de Marc Singer au buriné Michael Ironside. Si on ajoute à cela un thème musical imparable qui illustre sur fond noir la citation suivante :
« Ce film est respectueusement dédié à l’héroïsme des résistants passés, présents, et à venir.«
On obtient tout simplement la série la plus culte des années 80.
Ni plus ni moins
3. Les Contes de la Crypte (Tales from the crypt)
- 1989-1996 I 7 saisons I Joel Silver, Robert Zemeckis, Richard Donner, Walter Hill et David Giler
Qu’il s’agisse de Stephen King ou de George Romero, de Robert Zemeckis ou bien de John Carpenter, tous ont grandi avec la télévision et les Comic books. Un type de publication se démarque, celles publiées par EC Comics, des anthologies horrifiques aux noms qui en disent long : The Haunt of Fear, The Vault of Horror ou Tales From the Crypt. Et c’est cette dernière que ce tandem de cinéastes et producteurs décide de porter à l’écran de la désormais incontournable petite lucarne, au début des années 90.
Une série d’anthologie, uniquement composée d’épisodes indépendants — les fameux Loners — et couvrant un large spectre de l’horreur et du fantastique avec in fine une certaine morale sur l’adultère, l’avarice ou tout autre péché capital si chère au tueur en série de Seven. Il en résulte alors un formidable terrain de jeu et laboratoire pour réalisateur confirmé ou débutant, tout en étant un incroyable réservoir à acteurs.
En France, c’est M6 qui capitalise sur une diffusion assez tardive, les jeudis, après minuit en clôture de son rendez-vous phare horrifique, les légendaires Jeudis de l’angoisse. La sauce prendra tellement bien qu’ils occuperont eux-mêmes les fameux jeudis de l’angoisse, avant d’atterrir dans une autre playlist télévisuelle de renommée que fut La trilogie du samedi.
Les contes de la crypte dans les années 90, c’était la promesse d’un générique fabuleux mis en musique par Danny Elfman suivi d’une présentation par le nec plus ultra de l’animatronique en la personne du gardien de la crypte, mis en prothèse par le génial Kevin Yagher pour terminer le plus souvent dans une histoire moralisatrice se concluant dans de généreux bains de sang.
Chaque épisode était en soi un mini film d’horreur et à la grande époque de la VHS, les meilleurs opus se retrouvaient souvent compilés à la fin d’un film, occupant ainsi parfaitement ce surplus de bandes magnétiques. La fin justifiait alors les moyens.
Le réalisateur Mick Garris tenta de ressusciter cette période bénie au travers des deux saisons de ses Masters of Horror au début des années 2000, avec succès par ailleurs. Mais si un digne héritier est à désigner dès à présent, c’est bien Mike Flanagan, qui de The House on Haunted Hill à La chute de la maison Usher sur Netflix jusqu’au récent Carrie sur Prime Vidéo, ne cesse de revisiter les codes et l’ambiance de ce bon vieux gardien de la crypte.
Un indémodable à visiter ou revisiter d’urgence.
4. The X-Files
- 1993-2018 I 11 saisons I Chris Carter
1994, M6, toujours, et un dimanche après-midi qui restera à jamais gravé dans ma mémoire. Je suis en quatrième, au collège. Je passe le plus clair de mon temps à dévorer la revue Mad Movies et à claquer mon argent de poche dans les vidéoclubs. Le montage vidéo n’est pas loin à l’horizon, dans le sens où la duplication, les branchements péritels, les entrées et sorties n’ont plus aucun secret pour moi, tandis que mes étagères se remplissent des pépites horrifiques que je glane ci et là, au grand désespoir de mes parents.
Désespoir qui en un dimanche après-midi viendrait contaminer leur programmation télévisuelle habituelle, pour mon plus grand plaisir. La petite chaine qui monte — c’est comme cela que se faisait appeler M6 — s’était portée acquéreuse d’une nouvelle série faisant sensation outre-Atlantique et renommée pour l’occasion en Aux frontières du réel, hommage appuyé au titrage français de la série culte The Outer Limits.
Point d’artefact hertzien vacillant mais plutôt la sobre et sérieuse enquête d’un duo d’agents, Fox Mulder et Dana Scully, sur les traces de biens curieux enlèvements dans le double épisode pilote Nous ne sommes pas seuls. Avec cette première mise en bouche, tout le sel de la série est déjà là.
Les prémices d’un vaste complot visant à étouffer les affaires, les secrets dans l’ombre, les FX au diapason et un tandem qui marche du tonnerre, entre un croyant vindicatif et une cérébrale septique. Et c’est ainsi que chaque dimanche, je m’installais confortablement sur M6 afin de suivre la suite des aventures du duo.
Naviguant entre enquêtes paranormales isolées et fil rouge conspirationniste, chaque morceau de la désormais mythologie en dévoile un peu plus sur cette gigantesque machination d’invasion. On en parlait dans la cour de récré, on essayait d’en savoir plus dans les pages de Mad Movies, et on se repassait encore et encore les enregistrements pour démasquer la supercherie.
De découverte anodine, X-Files devint un phénomène planétaire culturel.
Un morceau de pop culture que je me satisfais encore aujourd’hui de sa découverte dans l’intimité d’un dimanche après-midi pluvieux, avec toujours cette promesse en suspens : la vérité est ailleurs.
5. Buffy contre les vampires
- 1997-2003 I 7 saisons I Joss Whedon
Fin des années 90, le cinéma de genre se démocratise, X-Files et les succès publics d’Independence Day, Seven, Scream ou même L’armée des douze singes ayant fait leurs œuvres, il n’est plus si marginal que ça d’aimer l’horreur et le fantastique et on se surprend même, au détour d’une conversation d’entendre un oncle, une sœur ou une tante parler de films et de séries horrifiques.
Je suis en fin de lycée, j’ai dupliqué des vidéoclubs entiers, vus tout ce qui pouvait me tomber sous la main et les exigences sont plus hautes, ailleurs, et au milieu de tout ça, une petite série vient un peu égayer les soirées. Elle n’est pas inconnue, elle est l’adaptation d’un navet rigolo starring Luke Perry, il s’agit de Buffy The Vampire Slayer. Un récit teenager autour d’une Van Helsing en jupon qui alterne lancée de bâton façon cheerleader et empalement de pieux dans le cœur façon bucheron.
Sa force ?
Avoir sur pallier aux FX souvent sans le sou ou limite cartoon par un casting aux petits oignons rendant la série immédiatement sympathique et permettant d’étendre un lore qu’on n’avait pas vu venir autour de son duo vedette : Angel et Buffy. D’un côté, le ténébreux vampire, de l’autre la blonde tueuse, et, à la clef, les promesses d’un nouveau Roméo et Juliette teinté de fantastique. C’est à la fois sa force, mais aussi sa faiblesse, annonciatrice d’un pan entier de la teenage romance fantastique à venir, un certain Twilight il parait.
Quoi qu’il en soit, les deux premières saisons sont à ce jour ce qui se faisait de mieux en matière de télévision, et Sarah Michelle Gellar une égérie pour toute une génération. Son créateur, Joss Whedon s’en ira écrire des scripts et percera en tant que réalisateur pour les débuts grandiloquents d’un Marvel pas encore au sommet de sa toute-puissance.
Le reste appartient à l’histoire, celle que je viens de vous compter et qui, je l’annonce dès à présent, se conclura dans un autre article, évoquant les débuts d’internet, du streaming et l’avènement du serial télévisuel moderne.
Comme on le disait à l’époque : Stay Tuned.
𝐄𝐝𝐝𝐲 𝐆𝐎𝐌𝐈𝐒
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𝗟’𝗮𝘂𝗱𝗶𝗼𝘃𝗶𝘀𝘂𝗲𝗹 𝗱𝗲𝘀 𝗴𝗿𝗮𝗻𝗱𝗲𝘀 𝗵𝗲𝘂𝗿𝗲𝘀
Expert Postproduction I Podcaster I Écrivain
« 𝚃𝚘𝚞𝚝 𝚌𝚎 𝚚𝚞𝚒 𝚎𝚜𝚝 𝚍𝚒𝚝 𝚎𝚝 𝚗𝚘𝚗 𝚖𝚘𝚗𝚝𝚛𝚎́ 𝚎𝚜𝚝 𝚙𝚎𝚛𝚍𝚞 𝚙𝚘𝚞𝚛 𝚕𝚎 𝚜𝚙𝚎𝚌𝚝𝚊𝚝𝚎𝚞𝚛 » – 𝙰𝚕𝚏𝚛𝚎𝚍 𝙷𝚒𝚝𝚌𝚑𝚌𝚘𝚌𝚔
