Semaine dernière, le téléphone sonne, la messagerie se déclenche, je prête une oreille et j’entends :
« Bonjour, ici la Bibliothèque nationale de France, nous aimerions savoir si un autre numéro est prévu pour votre revue Sep7ième Dimension. Merci de nous recontacter pour nous donner plus d’informations.«
Ce message, ça fait bientôt dix ans que je le reçois, à raison d’une fois par an, depuis la fin de la publication de mon fanzine, édité pendant 15 ans.
Mais Eddy, c’est quoi un « fanzine » ?
Un fanzine, ou « fan magazine », est une revue papier auto-éditée et auto-diffusée avec pour seule ambition le partage d’informations, et la plupart du temps, à but non lucratif, le prix affiché couvrant seulement les frais d’impression et d’envoi.
Mais pourquoi donc ?
Tout comme la radio libre, il s’agit d’un mode opératoire en tout point similaire, ne répondant qu’à la seule motivation de partager une passion, une autre forme de DIY. Pour comprendre cela, il faut remonter à une époque, celle du début des années 80, une époque sans internet où seul le papier, le bouche-à-oreille était en mesure de propager une info, qu’elle soit musicale ou bien cinématographique.
Au même titre que le « Tape Trading » pour les démos de groupes émergents, celles-ci se voyaient soutenues par de multiples revues, la plupart éditées par des fans proches des groupes concernés, qui, à leur manière, aidaient à la diffusion de ces œuvres enregistrées dans la sueur d’un garage.

Le fanzine est donc apparu avec les mouvements de musiques extrêmes, le Punk dans un premier temps puis les grandes heures du Heavy Métal et du Trash métal au milieu des années 80. Pour vous donner une idée de la force du support, un groupe comme Metallica n’aurait pas rempli ses premières salles, ni diffusé ses premières démos au public sans cela.
Sans fanzine, sans Tape Trading pas de Metal Militia (Démo la plus connue), ni même de Kill’em All en 1983.


Tout comme les paroles écrites par Cliff Burton, bassiste illustre du groupe, évoquant les écrits sombres et pessimistes de H.P Lovecraft, la musique extrême et le cinéma de genre ont toujours été étroitement liés. Pas étonnant que le fanzine ait joué un rôle important dans l’émergence des revues spécialisées actuelles, l’une d’elles en particulier, l’incontournable Mad Movies.
Du propre aveu de son créateur, l’immense Jean-Pierre Putters, dès son premier édito, il n’hésitait pas à écrire :
« Pas de grandes phrases pour la présenter, demain, elle sera peut-être morte !«


Pâtissier de profession et grand amateur de cinéma fantastique des années 50-60, il avait créé ce fanzine pour pouvoir partager sa passion, et rencontrer d’autres personnes, pour qui ce type de cinéma était important.
Un autre activiste, l’incontournable Alain Schlockoff, l’avait précédé avec un titre tout aussi connu : L’écran fantastique.

La revue prit forme à partir de collages photographiques agrémentés d’articles tapés à la machine. Elle fut mise en page par bricolage, après de nombreuses photocopies faites l’après-midi, une fois la pâtisserie au repos. C’est ce même mode opératoire qui a permis à Jean-Pierre Putters d’assembler lui-même les premiers tirages, de les distribuer en librairie, de négocier les conditions tarifaires et, pour la majeure partie du temps, de diffuser par correspondance en utilisant le réseau de spécialistes des annonces.
La suite, on la connait, ou du moins, on l’imagine, le tirage se mit à augmenter, les numéros à s’enchainer, les rédacteurs à débarquer, enthousiastes, passionnés, et la revue se professionnalisera à partir de son numéro 22.
Jean-Pierre Putters cédera la revue à Custom Publishing en 2002, et celle-ci perdure toujours, leader dans son genre, aux côtés de son fidèle concurrent, L’écran fantastique.
Leur histoire, c’est un peu celle qui unit Megadeth et Metallica : une rivalité à travers les décennies, un combat acharné pour la première place, mais avec respect et authenticité.

À la même époque, je suis étudiant en cinéma. Je découvre le bassin montpelliérain associatif et je me vois proposer de participer à un article dans un jeune fanzine, Zybrid. L’expérience tourne court, mais cela me donne une idée :
Pourquoi ne pas éditer mon propre fanzine ?
Sans hésitation, je contacte mon ami de longue date, avec qui j’ai développé ma passion pour le cinéma. Ensuite, nous jetons les bases de ce qui deviendra Sep7ième Dimension.
De Putters, nous retiendrons la bricole des débuts, la private joke entre les lignes, et c’est pendant les pauses de mon travail étudiant d’alors, que nous ferons nos premières mises en page, et ce, grâce à l’aide précieuse du patron, nous mettant gracieusement à disposition son Windows 98.

Le numéro 0 venait de voir le jour, pas loin de 80 pages, en noir et blanc, avec très peu de photos et bourré de fautes d’orthographe. Peu importait, nous avions été au bout du processus, le bébé était né et il avait de la gueule !
Tour à tour, nous cherchions des points de vente. Nous avions même envoyé un exemplaire à Mad Movies, qui publiera une sympathique critique dans son numéro 145, ce qui augmentera nos ventes d’environ 50 exemplaires. Cela constituera notre première base de lecteurs. Certains d’entre eux écoutent encore aujourd’hui la version audio du même fanzine, mais ceci est une autre histoire.
Nous étions en 2002, un numéro à suivre dans le viseur, bien loin d’anticiper que tout ceci nous occuperait encore en 2025 !

Le Fanzinat, c’était une liberté absolue dans l’expression et la création. C’était le plaisir de créer quelque chose de neuf, sans se soucier de son accueil ou de son retour sur investissement.
Quelque chose qui nous manque cruellement aujourd’hui.
Pour aller plus loin :
Notre entretien pour Le Fanzinophile, militant fervent de la cause des fanzines.
Un documentaire fait par des passionnés pour les passionnés.
Un livre incontournable sur le Tape Trading et le fanzinat musical français
𝐄𝐝𝐝𝐲 𝐆𝐎𝐌𝐈𝐒
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𝗟’𝗮𝘂𝗱𝗶𝗼𝘃𝗶𝘀𝘂𝗲𝗹 𝗱𝗲𝘀 𝗴𝗿𝗮𝗻𝗱𝗲𝘀 𝗵𝗲𝘂𝗿𝗲𝘀
Expert Postproduction I Podcaster I Écrivain
« 𝚃𝚘𝚞𝚝 𝚌𝚎 𝚚𝚞𝚒 𝚎𝚜𝚝 𝚍𝚒𝚝 𝚎𝚝 𝚗𝚘𝚗 𝚖𝚘𝚗𝚝𝚛𝚎́ 𝚎𝚜𝚝 𝚙𝚎𝚛𝚍𝚞 𝚙𝚘𝚞𝚛 𝚕𝚎 𝚜𝚙𝚎𝚌𝚝𝚊𝚝𝚎𝚞𝚛 » – 𝙰𝚕𝚏𝚛𝚎𝚍 𝙷𝚒𝚝𝚌𝚑𝚌𝚘𝚌𝚔
